Logo pour impression Entretien avec Mathieu Pernot

Entretien avec Mathieu Pernot

Entretien avec Mathieu Pernot, réalisé en 2007 dans le cadre de l'exposition Peuple Tsigane.

Retour à l'exposistion

Mathieux Pernot est photographe, dipl√īm√© de l’Ecole nationale de la photographie d’Arles (ENP).
En 1997, il d√©couvre par hasard l’existence ¬ę d’un camp de concentration pour nomades ¬Ľ tout pr√®s de sa ville, √† Saliers. Il y consacre trois ann√©es d’√©tude, m√™lant son regard de photographe √† ses recherches historiques.
Plus r√©cemment, Mathieu Pernot a travaill√© sur les milieux carc√©raux et les m√©moires urbaines. D’une mani√®re g√©n√©rale, il d√©finit son Ňďuvre comme ¬ę engag√©e aupr√®s de ce qui risque de dispara√ģtre et [il] tente, par une forme documentaire, d’en sauver une ultime apparence. ¬Ľ

Comment vous est venu cet intérêt pour la population tsigane ?
J'ai rencontr√© les premi√®res familles lorsque je faisais mes √©tudes √† Arles, √† l'√©cole de photographie. Je n'avais aucune raison particuli√®re de les croiser, si ce n'est l'envie de conna√ģtre ces personnes et l'intuition qu'il pouvait peut-√™tre se passer quelque chose. Mais je ne connaissais pas cette communaut√© (ses origines, sa langue, etc.) et n'avais aucune id√©e de la nature des photographies que je souhaitais r√©aliser. Il a donc fallu que la rencontre se fasse.

Au début, votre travail était- il essentiellement historique ?
Non. Saliers est venu après trois années de travail photographique réalisé auprès des familles qui vivaient dans la région d'Arles. Saliers est d'abord une découverte de photographe.

Comment êtes-vous passé des archives à la recherche physique des hommes et des femmes qui vécurent à Saliers ?
Lorsque j'√©tudiais les archives concernant les personnes intern√©es √† Saliers, je ne pouvais m'enlever de la t√™te l'id√©e de retrouver ces personnes et de savoir ce qu'elles √©taient devenues. J'ai donc travaill√© longuement sur les carnets anthropom√©triques pour obtenir un maximum d'informations sur elles (nom des parents, des fr√®res et sŇďurs, date de naissance, zone o√Ļ les familles avaient l'habitude de voyager, etc.) et puis je suis all√© √† la rencontre des Tsiganes que je fr√©quentais pour leur demander s’ils connaissaient d'anciens intern√©s. C'est comme cela que j'ai pu commencer √† remonter le fil de l'histoire.

Comment s'est déroulée la rencontre ?
Tr√®s bien. Je crois que les gens √©taient contents de voir qu'un "gadj√©" pouvait s'int√©resser √† cette histoire et j'ai toujours √©t√© tr√®s bien accueilli. Il y avait, √† chaque fois, l'√©motion et la douleur de se retrouver confront√©es √† une p√©riode terrible de leur vie, mais peut-√™tre aussi le r√©confort de trouver quelqu'un qui souhaitait les entendre sur cette p√©riode. Je leur ai toujours expliqu√© qu'il √©tait important que ce soit eux qui racontent et que cette histoire devait √™tre connue de tous. Je leur ai aussi dit qu'il me semblait n√©cessaire de faire un livre sur Saliers √† partir de leurs t√©moignages et de leurs photographies. La quasi totalit√© des personnes rencontr√©es partageaient cette id√©e qui n'allait pourtant pas de soi au sein d’une communaut√© n’ayant pas pour habitude d’inscrire son histoire.

Aujourd'hui, quel rapport entretenez-vous avec les Tsiganes ?
Je les respecte et les admire toujours autant. Je garde des liens forts avec certaines familles. Ce sont les derniers "sauvages", les ultimes résistants.

Extraits de sa bibliographie
Le grand ensemble, le point du jour éditeur, 2007
Hautes surveillances, Actes sud, 2004
Un camp pour les bohémiens, Actes sud, 2001
Tsiganes, Actes sud, 1999

Dernière modification : 13/03/2012 17:13