Le camp de Saliers

Dès les prémices de la Seconde Guerre mondiale, les Tsiganes vivant sur le sol français sont victimes d’une politique de suspicion accrue : ils sont soupçonnés, à la faveur de leur itinérance, d’espionnage au profit de l’ennemi.

En septembre 1939, les premières interdictions de circuler – notamment dans les départements côtiers ou frontaliers – sont appliquées aux nomades. Un décret du 4 avril 1940 les assigne à résidence sur la totalité du territoire métropolitain pour la durée de la guerre.

Dès la fin de l’année 1940, ils sont progressivement internés dans des camps, construits initialement pour les réfugiés républicains espagnols. En 1942, des camps spécifiques leur sont dévolus.

Un camp modèle...

En mars 1942, le gouvernement de Vichy décide de regrouper dans un même camp tous les Tsiganes assignés à résidence en zone sud. C’est la Haute-Carmague (où a lieu chaque année le pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer, dit « pèlerinage des Gitans ») qui est choisie pour son implantation. Le site retenu, Saliers, se trouve à une dizaine de kilomètres d’Arles.

Un premier groupe d’une cinquantaine de Tsiganes y est envoyé, en provenance du camp de Rivesaltes. L’objectif est d’amener sous la contrainte les nomades à la sédentarisation en leur offrant la possibilité d’exercer une activité considérée comme « traditionnelle » : la vannerie (l’osier poussant en abondance sur ces terres marécageuses).

La construction du camp de Saliers est aussi motivée par des enjeux de propagande, Vichy cherchant à rassurer les gouvernements étrangers sur le sort des nombreux internés du régime. Elle s’inscrit par ailleurs dans la démarche culturelle du gouvernement de Vichy, qui entreprend de recenser et de préserver les éléments patrimoniaux (architecture, folklore) des différents terroirs français.

Saliers se doit donc d’être un camp modèle. Son édification est confiée à l’architecte des monuments historiques du département, Monsieur Van Migom, qui s’inspire de l’architecture traditionnelle camarguaise, notamment dans les choix des matériaux. Peu importe que les baraques ainsi construites soient pratiquement inhabitables, dépourvues de chauffage, d’eau et d’électricité ; ni que leur sol en terre battue et leur toit en chaume les rendent humides et insalubres.

… du dysfonctionnement des camps

Rapidement, le fonctionnement du camp se heurte à de nombreux problèmes, amplifiés par l’incompétence du personnel (le recrutement des gardiens s’avère particulièrement difficile, comme en témoignent les offres d’emplois qui paraissent dans la presse locale).

Pour les internés, les mois passés à Saliers sont une véritable épreuve : mal ou peu vêtus (ils n’ont pas eu le droit d’amener leurs affaires personnelles au camp), ils endurent le froid et les parasites. Les rations alimentaires fournies sont très insuffisantes, tandis qu’une bonne partie des vivres est détournée au profit du marché noir. À cela s’ajoute le surpeuplement et la promiscuité entre les familles, qui engendrent des tensions permanentes.

Ce sont les enfants qui souffrent le plus de ces conditions de vie. Le 15 février 1943, le sous-préfet d’Arles fait paraître dans Le Petit Marseillais un appel pour le placement des orphelins de Saliers dans des familles d’accueil. Cette demande trouve peu d’écho auprès de la population. Une soixantaine d’enfants seront toutefois placés, avec ou sans le consentement de leurs parents, dans des œuvres religieuses ou à l’Assistance publique.

Vers le démantèlement du camp

Loin des objectifs affichés, les autorités du camp peinent à fournir du travail aux internés, sauf à les « louer » à l’extérieur pour des travaux agricoles. Face à la situation, les autorités sont contraintes, dès le début de l’année 1943, de procéder à des libérations et des transferts vers d’autres camps.

Le camp est évacué en août 1944. Le 17, il est pris pour cible par les Alliés, qui pensent tirer sur un camp allemand.

Les Tsiganes internés à Saliers – 700 environ – auront été spoliés de tous leurs biens, en particulier de leur roulotte. À ce jour, ces pertes n’ont pas été indemnisées par le gouvernement français.

En 1953, le camp désaffecté sert de décor au film Le Salaire de la peur, tourné par Henri-Georges Clouzot. En échange du prêt du site, le réalisateur s’engage à le raser après le tournage, afin de lui restituer une affectation agricole. Clouzot tient parole : le site redevient ce qu’il était auparavant, une rizière, et c’est seulement en 2006 qu’une plaque commémorative y a été apposée.

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