En France, plus de 1 400 rues et avenues portent le nom de Leclerc, l’un des patronymes les plus donnés de l’espace public. Derrière ce nom, une légende : celle de Philippe de Hauteclocque, figure emblématique de la France libre. Brillant chef militaire incarnant à la fois l’anticonformisme et la loyauté, ce fervent patriote, gaulliste de la première heure, est aussi le rassembleur charismatique des hommes de la « 2ème D.B » dont l’épopée a marqué l’imaginaire national. Portrait d’un destin fulgurant, fauché brutalement en 1947.
LE REFUS DE LA DÉFAITE
Philippe de Hauteclocque naît le 22 novembre 1902 dans une famille de la noblesse picarde. Saint-Cyr, Saumur et l’École de guerre jalonnent une carrière militaire prometteuse qui le fait capitaine à 32 ans. Blessé et fait prisonnier en mai 1940, il s’évade, gagne Paris, puis, via l’Espagne et le Portugal, rejoint à Londres l’homme du 18 juin. Le 25 juillet 1940, il se présente à de Gaulle sous le pseudonyme de Leclerc, nom courant en Picardie, pour protéger sa famille restée en France.
KOUFRA, UNE VICTOIRE DÉCISIVE ET UN SERMENT
Envoyé en Afrique-Équatoriale, Leclerc débarque à Douala en pirogue avec une vingtaine d’hommes le 27 août 1940, rallie le Cameroun, le Congo puis le Gabon à la France libre, et devient commandant militaire du Tchad. Depuis Fort-Lamy, sa colonne traverse 650 kilomètres de désert et, avec un seul canon, s’empare de l’oasis libyenne de Koufra le 1er mars 1941. Militairement modeste, ce succès sur les Italiens est éminemment symbolique : c’est la première victoire des Forces françaises libres. Le lendemain, Leclerc fait jurer à ses hommes de ne déposer les armes que lorsque le drapeau tricolore flottera sur la cathédrale de Strasbourg. C’est le serment de Koufra.
LE LIBÉRATEUR DE PARIS ET DE STRASBOURG
Après la conquête du Fezzan, « l’armée des pauvres », comme l’appelait Leclerc, devient en 1943 la « Force L », puis la 2e Division Blindée qui débarque en Normandie le 1er août 1944. Après de durs combats à Alençon, Leclerc obtient le 22 août l’autorisation de marcher sur Paris : il y entre le 25 et reçoit la reddition de von Choltitz. Le 23 novembre, les couleurs françaises sont hissées sur la cathédrale de Strasbourg, aboutissement d’une promesse faite quatre ans plus tôt, puis sur le Nid d’Aigle d’Hitler, à Berchtesgaden, le 5 mai 1945.
UN DESTIN FAUCHÉ, UNE LÉGENDE NATIONALE
Désigné chef du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, Leclerc signe le 2 septembre 1945 l’acte de capitulation du Japon, avant de rejoindre l’Indochine. Le 28 novembre 1947, il meurt dans un accident d’avion près de Colomb-Béchar, en Algérie. « Philippe de Hauteclocque n’est plus, le général Leclerc est entré dans la légende » : l’annonce à la radio de sa disparition, à 45 ans, provoque la stupeur. La nation lui rend hommage aux Invalides. Leclerc devient maréchal de France à titre posthume en 1952.
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Général Philippe Leclerc