Le 11 mai 1987 s'ouvre à Lyon un procès hors norme : plus de quarante ans après les faits, l'officier SS et ancien chef de la Gestapo lyonnaise Klaus Barbie comparaît devant les juges et face à ses victimes. Il s’agit du premier procès pour crimes contre l'humanité en France. Le 4 juillet, après neuf semaines d'audiences hautement médiatisées où la parole des témoins occupera une place centrale, Barbie est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
UN ÉVÉNEMENT JUDICIAIRE ET HISTORIQUE SANS PRÉCÉDENT
Jamais la France n'avait jugé quelqu'un pour crime contre l'humanité, crime défini par le Tribunal de Nuremberg en 1945 et “imprescriptible par nature” depuis 1964. Devant la Cour d’assises du Rhône présidée par André Cerdini, Klaus Barbie répond de quatre chefs d'accusation : la rafle de la rue Sainte-Catherine, celle des enfants d'Izieu, le dernier convoi vers Auschwitz, ainsi que les actes d'arrestation, torture et déportation de Juifs ou de résistants pris isolément. Le procès se déroule sur 37 jours d'audience, réunit 113 parties civiles et leurs 39 avocats, la défense étant principalement assurée par Jacques Vergès et l'accusation portée par le procureur général Pierre Truche.
UN DISPOSITIF MÉDIATIQUE HORS NORME
Pour accueillir un public nombreux - dont 900 journalistes accrédités -, la salle des pas perdus du palais de justice de Lyon est réaménagée en salle d'audience. Le 11 mai 1987, l'entrée du “boucher” de Lyon dans le box des accusés est diffusée en direct au journal télévisé de 13h et en mondovision. Si cette retransmission est limitée aux premières minutes de l'audience, les débats sont en revanche filmés et enregistrés en intégralité - une première en France - grâce à la loi Badinter de 1985.
L’ABSENCE DE BARBIE, LA VOIX DES TÉMOINS
Dès le troisième jour, Barbie, conseillé par Vergès, déserte l'audience. Son absence déplace alors l'attention vers ceux qui ont eu le courage de venir l'affronter. Empreinte de dignité et d’émotion, la parole des témoins confère au procès une profonde dimension humaine et cathartique. Au fil des audiences, le drame des 44 enfants d'Izieu s'impose comme le cœur du procès, porté par la plaidoirie de Serge Klarsfeld et étayé par une preuve indubitable de la culpabilité de Barbie : le télex qu'il avait lui-même signé pour ordonner leur arrestation.
UN PROCÈS FONDATEUR, UN HÉRITAGE DURABLE
Première condamnation pour crimes contre l'humanité en France, le verdict du 4 juillet 1987 suscite un retentissement international. Dans un contexte de montée du négationnisme, il vient rappeler avec force la réalité historique de la Shoah, ainsi que la logique meurtrière du nazisme envers tous ceux qu'il désignait comme ses ennemis. Il enclenche une dynamique mémorielle irrésistible avec la création, dans son sillage, du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation et de la Maison d'Izieu. Il ouvre aussi la voie aux procès Touvier (1994) et Papon (1998).
« Nul ne sort indemne du procès Barbie. »
Pierre Truche, procureur général (lors du procès de Klaus Barbie)
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